Vos employés traiteront vos clients comme ils sont traités

Un des thèmes récurrents de mes posts est le « respect des employés ». C’est le principal pilier du lean. A ceux qui ont encore des doutes je voudrais suggérer un argument proposé par Brian Joiner dans son livre. Son point, soutenu par plusieurs exemples, est le suivant : des employés maltraités sont en général irascibles en vers les clients avec lesquels ils sont en contact. A l’inverse, si des employés sont heureux, ils accueillent et servent très bien les clients.

 La relation avec le client est cruciale dans le succès des entreprises de service car le contact avec la clientèle est plus important comparativement aux entreprises de production de biens.

 Certaines entreprises ont bien compris ce lien. L’exemple qui me vient à l’esprit est celui de Southwest Airlines dont le business model et le succès inspirent les grandes compagnies aériennes classiques. Voici l’énoncé de la mission de cette compagnie ( http://www.southwest.com/about_swa/mission.html).

 The mission of Southwest Airlines is dedication to the highest quality of Customer Service delivered with a sense of warmth, friendliness, individual pride, and Company Spirit.

To Our Employees: We are committed to provide our Employees a stable work environment with equal opportunity for learning and personal growth. Creativity and Innovation are encouraged for improving the effectiveness of Southwest Airlines. Above all, Employees will be provided the same concern, respect, and caring attitude within the organization that they are expected to share externally with every Southwest Customer.

 J’ai rarement vu une mission qui signale autant l’importance des employés et souligne le lien entre le respect des employés et le client.

Encore un mot sur votre plus précieuse ressource…

Je suis tombé sur un article plutôt anodin publié par un site russe. Il porte sur l’annonce par SRI (Sumitomo Rubber Industries Ltd.), un constructeur de pneus japonais, de la construction d’un nouveau centre de recherche pour 56 millions de dollars. Je rappelle que nous sommes période de crise et que plusieurs entreprises, même les plus grandes, ont suspendu ou annulé des projets d’extension ou de développement nettement moins importants que celui-là…

 Au delà de l’audace de ce constructeur de pneus d’engager un tel investissement par ces temps, ce qui est surtout intéressant est de constater ce qu’il compte y faire : le développement de pneus “ecologiques” : “development of eco-friendly products such as tires that are free of fossil resources and tires with a 50-percent reduction in rolling resistance”

L’article signale également d’autres investissements récents de SRI, qui a créé un centre de formation dans son usine de Shirakawa au Japon pour récupérer le précieux savoir des salariés proches de la retraite afin de le transmettre aux plus jeunes. On note également que ce centre va leur permettre de former leurs salariés internationaux à leur système de production.

Tout cela n’a rien de nouveau, c’est à très peu de choses près ce que fait Toyota. Les entreprises occidentales, quant à elles, ont généralement du mal à comprendre l’importance du savoir et de la formation. Quelques preuves, s’il en fallait :

  • Quand l’on veut réduire la main d’œuvre dans une entreprise, que regarde-t-on en premier ? Eh bien très souvent le premier geste est d’utiliser l’outil de la retraite anticipée. Je doute que l’on prenne le soin de récupérer le savoir des seniors avant de les envoyer en retraite. 
  • Les entités de formation dans nos entreprises sont souvent très très light voire inexistantes.

Alors que faites-vous de votre plus précieuse richesse: le savoir ?

Souvenirs d’une usine de Toyota que j’ai visitée

En 2004, grâce à un ami qui avait des connaissances au niveau du management, j’ai eu la chance de visiter l’usine (NUMMI*) que Toyota se prépare à fermer. Voici quelques uns des points qui m’ont marqué à cette époque au cours de ma visite :

  • La sécurité était le point le plus important dans l’usine. Il y avait beaucoup de communication sur le sujet : affichages, banderoles, paillassons et autres media de communication.
  • Le niveau de circulation était nettement supérieur à ce que je connaissais des usines d’automobiles (surtout dans la partie carrosserie ou ferrage). Pour réglementer tout cela, il y avait d’ailleurs des feux de circulation (comme dans la rue). Contrairement à la rue, ici la priorité n’est pas donnée au piéton mais à la circulation des pièces. D’ailleurs la visite était effectuée dans un petit train ; je suppose que c’était pour des raisons de sécurité et peut-être aussi pour ne pas perturber les operateurs.
  • La propreté : l’usine était tellement propre que l’on pouvait percevoir très clairement les robots peints en gris-blanc
  • Le management visuel était omniprésent : surtout des tableaux d’affichage électroniques (andons)
  • La communication au travers des affichages sur des sujets tels que la qualité (Prix JD Power), la sécurité (voir point sur la sécurité ci-dessus), la performance…
  • En discutant un peu avec les opérateurs, j’avais pu glaner quelques informations sur leur situation. En quelques mots, le travail était très dur mais ils gagnaient bien leur vie : environ 1100 dollars net d’impôts par semaine plus plusieurs autres avantages.
  • Le système de suggestion, étendu jusqu’au management avec une approche du type « miles » : telle proposition donne droit à tel nombre de miles et à la fin de l’année on les converti en dollars …
  • La grande fête à laquelle assistaient des salariés qui avaient été présents 100% au cours de l’année. Au cours de cette soirée, quelques voitures pouvaient être gagnées à la loterie…

Voila quelques unes de choses que j’ai vues ou qui m’ont été racontées par mes guides. Surtout ne vous précipitez  pas pour mettre en place ces outils dans votre usine en pensant déployer du lean. Il ne s’agit que d’outils … qui sont la partie visible du déploiement de concepts lean, cela est fondamental…

 *NUMMI = New United Motor Manufacturing, Inc.