« It’s the energy, stupid* »

Hier, le sujet principal de l’actualité industrielle était l’accord Renault – Bolloré pour la fabrication de la Bluecar à Dieppe, à partir de 2015. Selon les média, cette décision permettra de pérenniser quelque 300 emplois ; une bonne nouvelle pour la France quand on sait que cette voiture est actuellement fabriquée en Italie. Toutefois, cela reste une goutte d’eau dans la mer des emplois que la France a perdus de manière continue depuis 2001. En effet, selon l’INSEE, il y avait en France environ 4 millions d’emploi industriels en 2001. Près de 25% ont été perdus depuis. Environ 300 (350 exactement) est également le nombre d’emplois que va créer Vallourec à Youngstown dans le Ohio aux US, où le géant de l’acier français vient d’investir 1.1 milliards de dollars dans une usine d’acier –voir article NYT. On est bien loin des investissements Renault – Bolloré. Comme je l’ai signalé dans mes précédents posts, les US ont créé près de 700000 emplois industriels depuis 2010.  Alors pourquoi la France perd des emplois industriels et les US en créent ? Il y a plusieurs explications, la plus fréquemment avancée par les économistes est le « stimulus plan » lancé par l’administration Obama en 2009. Il y a aussi la chute le coût de l’énergie qui est le principal facteur dans l’investissement effectué par Vallourec aux US, selon le New York Times. En effet, les US ont drastiquement augmenté leur production d’énergie grâce à l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste.

*Détournement de la fameuse phrase prononcée par James Carville, Stratège de la campagne présidentielle de Bill Clinton en 1992: « The economy, stupid ».

Une non-vérité très partagée

Depuis que le débat sur le « fabriqué en France » est sur le devant de l’actualité on entend beaucoup de propositions des uns et des autres. En réalité, il s’agit surtout des mêmes qui sont reprises ici et là. Il y en a une que je souhaite commenter dans ce post. Tout le monde nous explique que pour produire en France il faudrait, entre autres, que l’on « monte en gamme ». Cet argument est surtout appliqué aux deux constructeurs d’autos : PSA et Renault. Le principe de cette idée est que sur les produits hauts de gamme on fait plus de marge. Par conséquent, l’on pourrait rogner un peu sur sa marge en produisant en France. Là où l’idée est moins robuste est qu’à la fin la marge totale de Renault ou de PSA sera le résultat des marges effectuées tant dans les pays à hauts salaires que dans les pays à bas salaires. Des lors, que les coûts soient en France ou en Pologne importe peu. Dit très simplement : si l’on à une marge positive en France l’on pourrait augmenter encore cette marge en installant la production dans en Pologne. C’est d’ailleurs cette logique qui veut que dans les entreprises l’on se focalise davantage sur les usines qui perdent de l’argent et qui ont peu d’opportunités d’amélioration au lieu de se tourner vers celles qui gagnent de l’argent et qui ont encore de belles marges de progrès.

En réalité, le produit n’est un facteur que si le service et la valeur-ajoutée qui y sont associés sont liés à la localisation géographique (la nécessité d’être localisé en France).  Par exemple, les sacs à mains Vuitton doivent être fabriqués en France car ce lieu de fabrication fait partie de la valeur qu’elle apporte (Comment imaginer un sac à main Vuitton fabriqué en chine?). De même si la réactivité est un facteur important ,(certains business dans l’habillement customisé) l’on installera les moyens de production en France ou dans les pays proches européens plutôt qu’en Chine.

En réalité les véritables facteurs sont le process, les technologies utilisés dans les moyens de production. Nous devons transformer le process pour l’adapter davantage aux conditions locales françaises. Ainsi au lieu de parler de produit haut de gamme on recherchera plutôt un « process haut de gamme ».  En anglais, le terme le plus souvent utilisé est « Advanced manufacturing ».  J’y reviendrai dans l’un de mes prochains posts…

Bonne année 2011!

Je profite de mes meilleurs vœux pour la nouvelle année pour revenir sur les deux ou trois choses à surveiller en 2011.

Sur le plan global, nous devons certainement surveiller l’Espagne. Pas pour la qualité de son football mais pour sa capacité à emprunter de l’argent sur le marché financier… Après la défaillance de la Grèce et de l’Irlande les possibles candidats sont dans l’ordre le Portugal et … l’Espagne, si les choses ne s’arrêtent pas et si l’Espagne,  qui est un très très gros morceau, tombe alors la crise de 2008 n’aura été qu’une « mise en bouche» et le désastre sera alors hors de toute imagination….

Je ne suis pas un stratège de l’économie passons à l’industrie. En 2011, nous suivrons surtout les principales entreprises suivantes :

Toyota : En 2010, le constructeur nippon a comme très souvent fait « cavalier seul » sur le marché US. Par le passé, alors que tous les constructeurs d’autos perdaient des parts de marché, Toyota en gagnait. L’an dernier, c’était l’inverse. Tous les principaux constructeurs on vu leurs ventes  croître sur le marché US à l’exception de Toyota. Je reviendrai sur le cas Toyota dans un de mes prochains posts…

GM : On vérifiera que la croissance se solidifie… Ce qui validerait alors la décision de l’administration Obama d’y injecter des dollars : décision singulière dans le pays du libéralisme économique. Le nouveau GM sera-t-il meilleur que l’ancien ?

Ford : une entreprise en super forme depuis qu’elle a été reprise par un véritable « technologiste » : Alain Mulally. Nous avons clairement besoin de véritable leadership technique dans nos entreprises…

Chrysler : Est-ce que celui des  « Big 3″ le moins en forme confirmera son retour?

Fiat : Est-ce que le constructeur italien réussira où Daimler a échoué? Je parle de l’absorbtion / fusion de Chrysler.

Renault : Est-ce que le constructeur français continuera à jouer non avenir sur le véhicule électrique?

Au niveau des idées ou des tendances on suivra :

La tendance qu’ont de plus en plus d’entreprises allemandes à intégrer la communauté et les salariés dans leur décisions stratégiques de manière rechercher des solutions du type  « all – winners »…

Le lean est rentrée dans une période spéciale. L’une des explications vient des récents problèmes de Toyota. Par exemple dire aujourd’hui « c’est la méthode utilisée par Toyota » n’est plus une preuve de sa bonne qualité… Si on regarde bien les choses, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. En effet, cela amène les gens à plus souvent se poser la plus belle question, la plus importante, la plus courte, celle qui positionne le lean hors de l’approche dogmatique : « Pourquoi ?»  Comme le disait la légende vivante du talk show américain et grand interviewer Larry King lors de son dernier show : « It’s the best question ! » et quand quelqu’un lui a demandé « why ? », il a expliqué « it can not be answered in one word and it forces the person to think…. »  En 2011, j’espère que chacun posera un peu plus souvent cette question…

Et la voiture low-cost dans tout cela ?

Un rapide retour sur les défis qui attendent les constructeurs d’automobiles. J’ai abordé récemment les points liés au modèle global du secteur. Cela m’a amené a identifié le coût de possession de l’automobile comme étant une valeur importante pour l’avenir. Il faudrait bien sûr y ajouter une autre valeur montante : l’écologie. La réponse technique actuelle à ces deux points semble passer par des véhicules hybrides et/ou électriques. D’autres solutions plus lean existent ou sont explorées. La Loremo, qui se focalise sur le poids du véhicule, est un exemple intéressant. Dans un post précédent je m’étais également étonné de la stratégie des constructeurs français concernant le haut de gamme. A ces deux défis qui se posent aux constructeurs français, il faudrait certainement rajouter celui de l’évolution de la demande du marché global actuel. La plupart des observateurs du monde d’automobile ont une vision duale de l’évolution du marché de l’automobile (vision résumée dans le graph ci-dessous) :

  • Faible augmentation de la demande dans les pays développés avec comme valeurs importantes pour le client: écologie, coût de possession et service global
  • Augmentation exponentielle la demande dans les pays émergeants (Chine, Inde, ….) avec comme valeur importante pour le client: coût d’acquisition

La véritable croissance avenir sera dans les pays émergeants. Si ce modèle est vrai, la voiture électrique ou hybride dont tout le monde parle aujourd’hui n’est qu’une partie de la réponse globale. Il faudrait certainement y rajouter le fameux véhicule low-cost qui peut être une réponse à la demande du marché dans les pays émergeants. Sur ce point précis, je dois reconnaitre la bonne réaction de Renault qui a quasiment lancé le concept. Quant à PSA, il y a eu un véritable retard à l’allumage…

La voiture à moins de 5000, 4000, 3000 ou 2000 dollars est aujourd’hui une offre que doit posséder tout constructeur qui veut jouer sur le « terrain global ».

L’avenir de l’automobile : les voitures offertes gratuitement

Le PDG de PSA a annoncé la semaine dernière l’intention du groupe de lancer une voiture hybride (diesel – électricité rechargeable) en 2012. Je ne vais pas revenir ici sur le commentaire que j’ai fait sur cette annonce dans un précédent post. Apres avoir présenté succinctement le processus de planification et de prise de décision du haut en bas d’une entreprise en rappelant la définition et le  positionnement de la mission, des objectifs et des stratégies d’une entreprise, je vais revenir sur un point que j’ai déjà aborder dans un précédent post. Le moment n’est-il pas venu pour les constructeurs d’automobiles de « revoir leur mission, c’est-à-dire leurs objectifs / modèle ? ». Le PDG de PSA dans ses dernières annonces parle de voitures électriques et hybrides… Tout le monde parle de ces deux solutions au point ou l’on risque d’en faire un reflexe pavlovien quand on aborde le sujet de l’innovation.

 

Afin de comprendre les choses revenons sur un  de mes précédents posts : Le modèle de Better place qui est en train de redéfinir le business de l’automobile. Better Place considère que le coût de procession d’une voiture va au delà de son achat mais inclue également le coût de son utilisation. Le pari de Better Place est que le prix du pétrole augmentera pendant les prochaines années de sorte que le coût d’utilisation d’une voiture (aujourd’hui estimé à environ 3000 dollars aux US) ne cessera d’augmenter. En réalité ils pensent que le ratio coût utilisation voiture essence / prix d’achat de la voiture augmentera de plus en plus. Si cela est vrai alors l’avenir sera dans l’utilisation plutôt que dans la fabrication des voitures. Le modèle qui inspire Better Place est celui du business de la télécommunication mobile, où l’on vous offre de un téléphone portable « gratuit », quand vous vous abonnez (achetez des heures de communication). En lieu et place des heures de communication, Better Place vendra des kilomètres de transport. Cette entreprise prévoit d’avoir deux types de clients : des clients qui ont une voiture électrique à qui ils offriront des batteries gratuitement et des clients qui recevront des voitures (y compris les batteries, bien sûr) gratuitement. Alors comment Better Place s’en sort ? La réponse est dans le graphe ci-dessous. Better Place va s’engager dans la production massive d’énergies renouvelables qui parce qu’elles sont renouvelables auront un prix cout de production stable alors que le pétrole qui se raréfie sera de plus en plus cher (c’est son autre pari). Puis, il mettra en place un réseau (chez vous, au boulot et ailleurs) afin que vous puissiez charger votre voiture sans difficultés. Ensuite Better Place fera payer à ses abonnés un prix au kilomètre supérieur au coût de production mais bien en dessous du coût au kilomètre des produits pétroliers. C’est donc avec cette marge (écart entre la ligne noire et la ligne rouge du graphe ci-dessous) que Better Place pourra se permettre de vous offrir des batteries ou une voiture gratuitement… tout simplement comme font les fournisseurs de télécommunication mobile qui se paient le portable « gratuit » qu’ils vous offrent lors de l’abonnement sur vos heures de communication.

Si Better Place a raison (c’est-à-dire que le prix du pétrole augmentera nettement plus vite que celui de l’électricité), alors la question du cout d’opération de la voiture devient centrale (au delà des implications écologiques). Ainsi celui qui maitrisera les solutions permettant de réduire le coût d’utilisation tiendra l’avenir. Sans demander au constructeur d’automobile français de croire au modèle de Better Place, et de le suivre voici quelques questions qui me turlupinent :

Que font Renault et PSA sur le sujet ?

Si l’on s’oriente vers la solution électrique, la clé devient la batterie, que font les constructeurs Français sur ce point ?

J’ai déjà souligné l’avance pris par certaines entreprises asiatiques sur les batteries  (Hitachi, BYD,…), A-t-on déjà engagé chez Renault et/ou PSA cette course qui pourrait devenir rapidement un déterminant de vie ou de mort ?

Au delà du risque de régulations environnementales plus restrictives qui pourraient être imposées par l’Europe et les USA bientôt, l’enjeu ici est véritablement la survie du modèle économique de nos constructeurs d’automobiles.

Avec mes 3 derniers posts en tête, je me demande s’il n’y aurait pas mieux pour PSA que de repartir sur le « croissance, rentabilité et innovation » de J.-M. Folz d’il y a 11 ans ?

Pour finir, je voudrais rappeler cette citation de Thomas Friedman du New York Times, relative au business

Whatever can be done, will be done. The only question is will it be done by you or to you. Just don’t think it won’t be done.