Le Henry Ford de la chirurgie

Alors que beaucoup de personnes se tournent actuellement vers la Chine et nous expliquent pourquoi ce pays sera la prochaine superpuissance, j’ai surtout été intrigué ces dernières années par l’Inde. Est-ce à cause de ma révulsion naturelle des comportements moutonniers ? En effet, mon expérience de la vie m’a appris a toujours chercher au delà de ce que tout le monde regarde. L’image qui me vient à l’esprit est celui du prestidigitateur… Il attire notre attention vers un endroit alors qu’en réalité les choses se passent ailleurs… Tout cela pour dire que je pense que les « success stories » indiennes valent le détour. L’inde présente au moins trois avantages par rapport à la chine : c’est la plus grande démocratie du monde, elle possède les meilleurs ingénieurs IT du monde et l’anglais y est rependu. Certes le pays a également ses faiblesses que je n’aborderais pas ici…

Dans cette Inde, intéressons nous à Bangalore, la ville où se trouve le siège d’Infosys dont la fabuleuse histoire illustre le basculement qui est en cours entre l’occident et les pays émergents (lire « The Word is Flat » de Thomas Friedman). Eh bien à Bangalore, je ne vais pas vous parler d’Infosys mais de Narayana Hrudayalaya Hospital. Il s’agit d’une clinique qui applique les principes du fordisme pour effectuer des opérations à cœur ouverts à moins de 2000 dollars, soit dix fois moins cher qu’aux USA –voir l’image ci-dessous. L’organisateur de tout cela est le Docteur Shetty. Cet article l’explique très bien… L’approche du Docteur Shetty s’appuie notamment le principe de la ligne d’assemblage. Cela va à l’encontre de la recherche de la polyvalence que l’on observe dans l’approche lean. Pour expliquer le succès de cette approche, voici un détail très important : chez les chirurgiens, comme chez les pilotes d’avions, plus on réalise un type d’opération, plus on y acquiert de l’expertise dans le domaine. Ainsi au lieu d’avoir des chirurgiens polyvalents, le Docteur Shetty a fait le choix inverse d’hyperspécialiser ses chirurgiens (principe du poste de travail de la ligne de l’assemblage) tout en augmentant le volume. Au final, cela lui a permis de baisser drastiquement les coûts et d’opérer un maximum de personnes (la cause et la conséquence sont interchangeables ici). Le le Docteur Shetty utilise le volume pour améliorer à la fois la qualité et le coût. Narayana Hrudayalaya Hospital sur chacune de ses opérations réalise au moins deux fois plus de prestations que le meilleur hôpital américain. Les chirurgiens apprennent plus vite et font des actes de meilleure qualité, et en même temps, la clinique peut faire des économies d’échelle… Et qu’en est-il du coût ? L’hôpital indien est 10 fois moins cher que les hôpitaux américains : 2000 dollars contre 20000 dollars aux USA.

Les chirurgiens de Narayana Hrudayalaya Hospital ont des salaires comparables à ceux des hôpitaux occidentaux.

Le Docteur Shetty a un nouveau projet dans les îles Caïmans. La cible : les américains –qui peinent à mettre en place un system de sécurité sociale. Vu l’évolution de la sécurité sociale en France, peut-être que d’ici 5 à 10 ans les Français s’y rendront également pour se faire soigner…

4 thoughts on “Le Henry Ford de la chirurgie

  1. Bonjour Alain,
    Intéressant en effet et d’accord avec ton analyse sur l’Inde.
    Cela dit, un des intérêts de la polyvalence est de pouvoir remplacer les gens. Que se passe-t-il le jour où le ou les spécialistes de l’opération N sont absents ? On ne la fait pas…?

    • Salut The Dudde,
      Tu poses une bonne question. Je ne peux pas répondre de manière précise mais je suppose qu’ils commenceront par demander à ceux qui peuvent de faire des heures supp…

      Alain

  2. La problématique du Fordisme est qu’il tend à abrutir les gens, à les considérer comme des « automates humains » bon dans un seul domaine. Il considère également qu’il y un un seul « one best way » par situation, et ces deux aspects nuisent beaucoup à l’innovation. Si l’humain (ou du moins certains d’entre eux) peut accepter de fonctionner en robot sous certaines circonstances ou pour une certaine période de temps, ce n’est pas dans sa nature de le faire à long terme.

    La polyvalence me semble bien plus avantageuse à long terme pour favoriser l’innovation et le plaisir au travail, rendus nécessaires aujourd’hui à la réussite des organisations en Europe et en Amérique du Nord. Probablement une question de timing : ces Indiens sont probablement très disciplinés et rendus à une autre étape dans leur économie et leur organisation du travail.

    Ce qui me fait penser qu’en 1990 j’avais reçu des traitements de dentistes asiatiques qui avaient appliqué ce principe dans leur clinique, s’y mettant à trois en même temps, ils étaient drôlement efficaces et peu coûteux, mais je n’y étais jamais retournée, traumatisée par leur froideur et la pression à les suivre dans leur ballet haute vitesse.

    • Cybele,

      Je trouve votre commentaire très intéressant. J’ai également le souvenir désagréable de quelques médecins (pas asiatiques ceux-là) faisant du travail à la chaine…
      Cela dit, à un tarif 10 fois moins cher, je pense que beaucoup de personnes se limiteraient à la qualité intrinsèque du geste chirurgical… Quand à l’opération elle-même, en tant que patient je préférais être opéré par un hyper-spécialiste que par mon généraliste… Je ne sais pas s’il faut applaudir le Docteur Shetty mais je dois avouer que son modèle ne semble pas être dénué de sens et en plus cela marche.

      Alain

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