Quel est le lien entre le kanban et l’économie de marché ?

Comme la plupart des lecteurs de LMS le savent, Taiichi Ohno, le père du Toyota Production System (ancêtre du lean) s’est inspiré du fonctionnement des supermarchés pour développer le kanban. L’idée lui est venue au cours d’une visite aux US en 1956. Lors de cette visite, Taiichi Ohno est émerveillé par comment les supermarchés et la consommation si variable des clients pouvaient être pilotés par un outil si simple. Des marchandises sont disposées sur une étagère. Chaque client prend exactement ce dont il a besoin puis cette consommation est remplacée. De retour au Japon, Taiichi Ohno développe le kanban sur le même principe. Le système utilisé alors dans les usines était celui de la planification (que d’aucuns appelleraient MRP).

Venons en aux modèles économiques existants (ou ayant existé). Pendant très longtemps nous avons eu une opposition de deux approches : l’économie de marché (ou capitaliste) et celle du communisme. Dans une économie de marché, la production (sur le plan macro) est déclenchée uniquement par la consommation : « s’il y a de la demande alors l’offre se créera ». NB: On peut toujours essayer de faire l’inverse mais cela ne marche pas longtemps… Dans le système communiste, tout était basé sur la planification, en général centralisée. Dans l’ex-URSS, le cœur du système était la planification des besoins actuels et futurs. C’est là que le pays y mettait ses meilleurs cerveaux. On sait aujourd’hui ce qu’il est advenu de ce système. Je ne m’attarderais donc pas sur les limites d’une telle approche.

A ce niveau, vous avez bien compris les identifications que je voudrais faire. Le kanban est la forme de matérialisation la plus simplifiée de l’économie du marché. L’usine symbolise alors une petite entité économique de clients-fournisseurs délimitée en aval par la consommation du client externe (exportation) et en amont par le flux des matières « consommées » en interne (importation). Je vous passe le topo sur la balance commerciale… L’usine devient ici un modèle hyper-simplifié d’un pays ou d’une zone économique et les concepts que vous avez appris d’un coté peuvent s’appliquer de l’autre côte, toute proportion gardée bien sûr. Alors que représente le Kanban dans l‘économie de marché ? Le prix (ou de manière matérielle, l’argent). Le prix est un puissant convoyeur d’information dans l’économie du marché. Il permet dans ce système très complexe de donner des « ordres de fabrication » au fournisseur en même temps qu’il contient des informations sur la quantité (niveau de la demande par rapport à l’offre). Maintenant ,imaginez un monde où tout serait planifié comme dans l’ex URSS. Comment ferait-on pour fabriquer ne serait-ce qu’un crayon dont les différents composants viennent de partout dans le monde, comme l’explique le célèbre économiste Milton Friedmann dans cette célèbre vidéo? C’est peut être cette puissance du kanban que Adam Smith a appelé « la main invisible de Dieu ». Au fil des années nous avons aussi appris que le marché tout seul ne pouvait pas tout faire, comme nous savons que dans une usine tout ne peut pas se piloter au kanban il faut un peu de MRP également. Dans une usine la répartition est relativement simple ; dans une économie, les choses sont autrement plus compliquées. Les similitudes entre l’usine et l’économie sont nombreuses et je vous laisse le soin de les identifier…

4 thoughts on “Quel est le lien entre le kanban et l’économie de marché ?

    • Bonjour Franck,
      En réalité le terme « Just In Time » a été inventé par Kiichiro Toyoda (en tout cas la paternité lui est attribuée) par contre la personne qui a réellement matérialisé cette vision du JIT est Taiichi Ohno. Jetez un coup d’œil sur le site suivant de Toyota http://www.toyotageorgetown.com/history.asp. Comme le précise ce site, c’est bien Taiichi Ohno qui a vécu l’émerveillement des supermarchés américains. Merci de me remonter la page de Toyota Way qui réfère à Kiichiro Toyoda en parlant des supermarchés. J’enverrai un message à Jeff Liker sur le sujet. J’espère que cela a effacé vos doutes.
      Alain

  1. Merci pour l’analogie qui je pense s’applique aux limites du modèle :
    L’approche de rupture de stock d’un Kanban fait augmenter l’attention que l’on porte au fournisseur tout comme la rareté dans l’économie de marché fait augmenter les prix. Évidemment, l’objectif du Kanban est de mieux anticiper et gérer ces ruptures un peu comme la main de dieu qui assure et gère l’autorégulation dans l’économie de marché.

    bien a vous,

    Rodolphe

  2. Bjr,

    L’emploi du terme « économie de la demande » dans un article qui compare économie capitaliste et « économie » communiste me gène un peu même si je comprends bien ce que vous lez dire. En effet, dans mon esprit je fait les associations suivantes :
    – Économie capitaliste économie de la demande (demande = économie keynesienne donc socialiste)
    – Économie capitaliste = économie de l’offre (le flux de demande – et donc la logique de kanban – ne vient qu’après que l’offre qu’a conçu une entreprise fonctionne auprès du marché – donc malgré la remarque « NB: On peut toujours essayer de faire l’inverse mais cela ne marche pas longtemps… », il faut pourtant bien en passer par là au départ !

    à part ce petit truc qui m’a gratouillé, excellent article ;-)

    Patrice

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